Hommage au grand pianiste Ivan Moravec !

Unknown-2Je lui dois l’un des plus beaux récitals auxquels j’ai assisté ! C’est pour cette raison que j’ai une grande affection pour ce pianiste tchèque disparu le 27 juillet 2015 ; il était né à Prague le 9 novembre 1930. J’ai eu la chance de l’entendre à Paris, sur la scène du Théâtre du Châtelet ; il me reste le sentiment d’avoir vécu l’un des moments les plus émouvants de ma vie, un moment d’absolu. Son toucher de velours et la magie de ses constructions sonores sont encore présents dans ma mémoire. Le soin du détail de la première à la dernière note et la variété des dynamiques étaient de toute beauté. Dans la salle, ce soir-là, j’ai reconnu plusieurs des grands pianistes actuels, venus s’inspirer du grand maître.

S’il pouvait certes s’appuyer sur une technique sans faille, Ivan Moravec ne recherchait pas le spectaculaire. Son jeu ne rappelait aucun aspect sportif et n’était pas particulièrement extraverti. La musique étant au cœur de tout, il allait à l’essentiel, sans gestes disproportionnés et sans articulations excessives.

Sa carrière l’avait conduit de très nombreuses fois aux Etats Unis mais aussi au Canada, en Angleterre, Italie Hollande et Autriche. La France ne le connut que tardivement, malheureusement.

Magnifique interprète entre autres de Mozart, Beethoven, Ravel, il jouera toute sa vie Chopin et Debussy (ses compositeurs préférés) et il défendra également la musique de ses compatriotes Smetana et Janacek.

Il est bon à savoir que le son si particulier de Moravec résulte en quelque sorte d’un accident de patin à glace ayant entraîné un traumatisme de la moelle épinière. Cet accident l’a fait mûrement réfléchir -pendant les nombreuses années de sa rééducation motrice- au rôle joué par le bras et la main dans la production du son. Ce dernier devait ressembler à la voix humaine, l’instrument le plus beau d’après lui. Elevé en écoutant des enregistrements d’opéra, Moravec a très jeune (dès l’âge de 8 ans) été sensible à la beauté de l’interprétation. Un son épuré et sans prétention lui a toujours semblé être préférable.

Dans un très beau film documentaire qui lui est consacré (que la chaîne de musique classique Mezzo a diffusé), il raconte comment son premier disque de piano fut une interprétation d’une Mazurka de Chopin par Vladimir Horowitz. On y apprend également qu’il travaillait en s’enregistrant inlassablement et c’est également ce qu’il conseillait à ses élèves.

« Les enregistrements sont une façon très honnête de se comparer aux autres musiciens, dit-il. Pour tout étudiant en musique la connaissance et la comparaison de différentes interprétations sont aussi importantes que la connaissance de la littérature médicale pour un étudiant en médecine. Pour trouver sa propre voie cependant, l’artiste doit s’écouter attentivement et objectivement et ainsi devenir son propre professeur » disait-il. Avec ses élèves, Moravec travaillait la force de conviction de l’interprète pour qu’aucun concert ne soit une routine.

Peu de pianistes ont été remarqués et appréciés par le grand Arturo Benedetti Michelangeli. Parmi eux il y a des pianistes tels que Edith Murano ou Vladimir Krpan mais aussi Ivan Moravec. En voyage à Prague en 1957, Michelangeli l’entend et l’invite à participer à ses cours estivaux à Arezzo en Italie. Il y retournera l’année suivante également. Et c’est Michelangeli qui transmettra à Moravec le goût des pianos au réglage d’une absolue précision.

Je ne veux pas être dérangé par les 88 touches du piano. Pourvu que le piano ne m’empêche pas d’être libre… A.B. Michelangeli

L’empathie totale avec une œuvre jouée nécessite un instrument très délicatement et précisément préparé ; chaque marteau doit avoir une souplesse et une réponse comparable, permettant de reproduire toute la gamme des diverses attaques. Toute sa vie d’artiste, Ivan Moravec a été très attentif à la qualité des pianos qu’il jouait, jusqu’à porter avec soi sa propre mallette d’outils d’accordeur. Fasciné par ce métier qu’il a appris, il n’hésitait pas à intervenir lui-même sur la mécanique de l’instrument si celui-ci laissait à désirer. Il lui est arrivé plusieurs fois de se fâcher avec un accordeur qui n’était pas à la hauteur de ses exigences…

Un artiste à réécouter ou à découvrir absolument !

Je vous laisse découvrir plus en détails sa biographie ici https://fr.wikipedia.org/wiki/Ivan_Moravec et quelques disques aussi ici.

Aimez-vous cet artiste ? Avez-vous des enregistrements préférés de lui ? Laissez-moi vos commentaires ci dessous !

 

 

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2 réponses à Hommage au grand pianiste Ivan Moravec !

  1. Monique dit :

    Merci de m’avoir fait découvrir ce pianiste. Ton article est touchant.

  2. danamusca dit :

    Merci beaucoup, Monique !

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