Le piano un instrument tout nouveau ?

instrum_fotoLe XVIIIe siècle fut en Europe une époque glorieuse pour tous les arts : l’architecture, la peinture, la sculpture, la musique ont connu de très nombreux changement de style et de forme dont nous bénéficions encore aujourd’hui.

 

 

 

 

 

 

Mais l’invention qui date de cette époque et qui m’intéresse au plus haut point est celle du piano (appelé gravicembalo col piano e forte, soit le piano-forte) par l’italien Bartolomeo Cristofori de Florence (1655-1731). Soit un instrument d’un aspect extérieur ressemblant au clavecin et sur lequel on pouvait jouer et piano (p) et forte (f). Cristofori transformera la mécanique du clavicorde (instrument du XVe siècle qui permettait quelques nuances mais d’un son trop faible) et du tympanon (Moyen Âge) de telle manière que les marteaux puissent frapper les cordes de manière répétée (à l’aide des maillets, sorte de petit poussoirs) et retourner à leur position initiale sans rester en contact avec les cordes. Le son est donc produit par percussion. Cet instrument a la possibilité de varier l’intensité des sons (les nuances) et leur durée. Le crescendo et le decrescendo devenant possibles, on peut utiliser ces instruments à l’image du jeu orchestral et les capacités expressives multipliées ont permis une évolution énorme du discours musical.

Mais quelle est la différence entre le forte-piano et le piano-forte ? Les premiers sont rectangulaires et les seconds en forme de clavecin, soit quasi triangulaires (d’après Alain Roudier organologue, chercheur et concertiste au sein de l’Association Ad Libitum).

C’est principalement en Angleterre et en Autriche qu’on a développé encore plus les idées de Cristofori. En Angleterre c’est la marque Broadwood qui s’est distinguée (avec plus de 4000 instruments au début du XIXe) en construisant des instrument de plus de cinq octaves d’abord, six octaves pour arriver à sept octaves vers 1820 (Haydn et Beethoven aimaient beaucoup ces instruments). Le trajet du marteau est accéléré ce qui lui donne plus de puissance. Les instruments forte-piano carrés du fabricant Zumpe sont également très importants. C’est Jean-Chrétien Bach qui publie en 1771 six concertos pour clavecin ou piano-forte !

À Vienne, l’un des premiers à bénéficier de ces nouveaux instruments fut Mozart, car c’est là que les facteurs d’instruments Silbermann, Stein, Graf mais surtout Walter vont modifier substantiellement la mécanique en recouvrant les marteaux de cuir et en mettant deux cordes par note. Mais les innovations sont très nombreuses à cette époque et presque chaque instrument en contient d’autres. Les facteurs expérimentent énormément.

Exigés par les besoins des compositeurs et des pianistes (qui ne jouent plus que pour des audiences privilégiées mais pour un public de plus en plus vaste), de très nombreux changements auront lieu durant tout le XIXe siècle (surtout en France et en Angleterre), jusqu’à ce que l’instrument devienne le piano moderne que l’on connaît aujourd’hui. Les nouvelles technologies de l’industrie sidérurgique ont rendu possible l’utilisation d’un cadre en fonte (qui permet une plus grande stabilité de l’accordage) et des cordes en acier (pour plus de volume sonore).

Voici une vidéo dans laquelle vous trouverez quelques explications sur la production du son sur ces instruments (version en anglais).

En France, les firmes Erard (piano préféré de Liszt) et Pleyel (piano préféré de Chopin) étaient les marques les plus importantes. Erard mit au point un système appelé double échappement qui donne à une note la possibilité d’être rejouée très vite (système amélioré par Henri Herz et qui s’est généralisé sur tous nos pianos à queue modernes à partir de 1840). Cette innovation mécanique n’est pas du goût de tous les pianistes (Chopin y compris) : en effet, les possibilités expressives du chant et du coloriage étaient plus grandes sur les pianos avec simple échappement. Sans le double échappement, le mécanisme était également plus léger, ce qui permettait de jouer plus facilement vite.

Et d’autres transformations se multiplièrent : cordes filées sous forte tension et un cadre métallique capable de résister, les marteaux se couvrirent de feutre pour une vibration plus ronde ; on mit trois cordes pour un son à la puissance accrue; on ajouta la pédale tonale inventée par Jean Louis Boisselot en 1844 et améliorée par Steinway en 1874 (le jeu avec cette pédale est devenu aujourd’hui partie intégrante de la technique pianistique), ainsi que la pédale una corda qui permet de déplacer le marteau en face d’une seule -ou deux -des trois cordes, pour obtenir un timbre pâle, voire désincarné (Beethoven aimait beaucoup cette pédale) ; à partir de 1826 on utilisera le croisement des cordes qui permet de placer des cordes plus longues (donc plus de richesse en harmoniques, ce qui décuple les possibilités en timbres différenciés) tout en économisant de la place, le meuble du piano restant de dimensions compatibles avec des logements moins spacieux ; le croisement des cordes permet en outre de mieux répartir la tension sur tout le cadre, les cordes graves étant beaucoup plus longues que celles produisant les aigus, etc.

Remarque importante : comme chaque mécanique exalte différemment le son, si on jouait la même partition sur trois de ces différents instruments, on obtiendrait trois réalisations totalement différentes. Il est regrettable que dans nos Conservatoires, la formation des pianistes ne passe pas par quelques années de pratique sur des instruments de la fin du XVIIIe et du début du XIXe pour la compréhension de la production du son et de la conception musicale typique de ces instruments qui ont inspiré Haydn, Mozart, Beethoven, Weber, Chopin, Schubert, etc.

C’est seulement depuis le début du XXe siècle que le piano est tel que nous le connaissons.

Quelques pianistes qui jouent sur le piano-forte (des pianofortistes, donc) :

-Kristian Bezuidenhout

-Matthew Bengtson

-Trudelies Leonhardt

-Costantino Mastroprimiano

-Andreas Staier

-Melvin Tan

-Alain Roudier

-Eduardo Torbianelli

Je vous invite à aller découvrir le centre Ad Libitum http://www.pianoforteadlibitum.org/accueil/ à Etobon (France) dans lequel vous pourrez voir et toucher plusieurs des instruments historiques, ainsi que http://philharmoniedeparis.fr/fr/musee-et-expositions à Paris (France).
Il y a également le Musée national des instruments de musique à Rome (Italie) dans lequel vous trouverez un piano-forte de 1722 construit par Cristofori. A Bruxelles (Belgique) vous avez le http://www.mim.be Musée des instruments de musique, à Berlin (Allemagne) le https://www.berlin.de/fr/musees/3109765-3104068-musikinstrumentenmuseum.fr.html Musikinstrumenten-Museum, à Vienne (Autriche) http://www.khm.at/besuchen/sammlungen/sammlung-alter-musikinstrumente/.

Taggé , .Lien pour marque-pages : Permaliens.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *