Mes cours d’interprétation avec Cortot.

Unknown

Oui, je peux dire que j’ai l’impression de l’avoir rencontré. Par quelle magie ?

En ce XXIe siècle, bien que disparu à Lausanne (Suisse) le 15 juin 1962, cet immense pianiste et pédagogue continue à nous enseigner au travers de témoignages, recueillis dans des livres, des documents sonores ou filmés.

 

Je voudrais vous parler ici d’un livre essentiel à mon avis, qui non seulement éclaire la compréhension des œuvres mais aussi nous invite à considérer une philosophie et une éthique de l’art (que l’on soit ou non musicien). Les propos recueillis et rédigés ici par Jeanne Thieffry, qui s’adressent à toute personne désireuse de se connaître et de s’accorder au diapason des sentiments de l’expression poétique, sont vraiment remarquables.

Le pianiste d’origine suisse est né à Nyon le 26 septembre 1877. Il fut -en classe préparatoire- l’élève d’Emile Decombes (qui avait suivi l’enseignement de Chopin) puis de Louis Diémer. Il fondera avec Auguste Mangeot en 1919 à Paris une institution parmi les plus renommées : l’ École Normale de Musique dans laquelle il donna des leçons d’amour de l’art, selon son expression. La musique doit être contagieuse, dangereusement, sublimement.

Lisez et relisez ce livre dans lequel vous trouverez, analysées en détail, presque toutes les grandes œuvres du répertoire de l’histoire du piano, une description de leur forme musicale : les formes -dit Cortot- sont les vêtements de la pensée musicale. On apprendra à les aimer par leur histoire racontée ici : le Prélude et fugue, les Préludes (de Chopin ou Debussy), la Suite, la Sonate, le Concerto, la Variation. L’index des œuvres abordées est trop long pour être cité ici. Il y a également d’innombrables conseils sur l’interprétation tels que :

Assurez toujours, en étudiant, la base idéologique de votre interprétation. Mais assurez-la de telle sorte que vous laissiez une large marge dans laquelle puisse jouer la sensibilité momentanée. Tout en gardant une orientation générale, il faut toujours être sincère dans l’expression de la sensibilité immédiate ; sinon, l’exécution, fixée une fois pour toutes, se trouve lamentablement figée. 

Cortot avait pour habitude de donner à ses élèves un plan de travail comme suit :

  1. Nom, prénoms, lieu et date de naissance et de mort des auteurs.
  2. Leur nationalité.
  3. Titre de l’œuvre, opus, date de la composition et dédicace.
  4. Circonstances ayant présidé à la composition ; indications données par l’auteur.
  5. Plan (forme, mouvement, tonalités).
  6. Particularités saillantes (analyse harmonique, influences subies, analogies, filiations).
  7. Caractère et sens de l’œuvre (selon l’appréciation de l’exécutant).
  8. Commentaire esthétique et technique, conseils pour l’étude et pour l’interprétation.

Je ne pourrais ni ne voudrais vous citer ici tout le contenu mais voici encore quelques pépites que j’affectionne :

Dans le chapitre dédié au Concertos :

…Le Concerto n’est pas une œuvre destinée à un seul instrument. C’est une œuvre écrite –hélas !- pour un virtuose, accompagnée par un groupe instrumental. Les beaux Concertos sont ceux qui échappent à cette définition sommaire, et dans lesquels le soliste participe autrement qu’en acrobate à la vie générale de l’œuvre.

…Nous devons faire remarquer combien, de Bach à Schumann surtout -car depuis notre ouïe s’est progressivement émoussée à ce point de vue- la tonalité nous est une précieuse indication de caractère. Autant que le tempo, elle nous dicte le sentiment des œuvres. Jusqu’à Beethoven y compris, tous les musiciens s’attachaient à approprier les tonalités à l’expression.

…-Non, mademoiselle…vous faites apparaître une gazelle ! … Il y a nécessité, pour celui qui joue les œuvres de Beethoven, de dépasser dans son exécution le stade de l’exactitude solfégique et d’oser déformer la mesure chaque fois qu’il le faut pour la mettre d’accord avec le rythme et avec l’expression. De même, le son qu’il faut rechercher n’est pas le joli son mais le son approprié. 

…Ici, l’arpège en doubles notes doit, de suite, s’ouvrir. Je voudrais vous sentir emportée par le développement ascendant de ce bel accord de mi majeur !…Dans cet épisode, l’ardeur du mouvement correspond à la chaleur de la phrase. 

…Dès le début, il faut faire sentir une sorte d’efflorescence de bonheur, donner de la sensibilité aux inflexions mélodiques. A la lettre B, n’attendez pas, commencez aussitôt qu’a vibré le dernier accord de l’orchestre, mais rendez le rythme un peu hésitant tout d’abord.

Et ainsi de suite…

Vous le trouvez ici également.

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Vous trouverez sur Youtube également les liens suivants, que vous pouvez copier-coller (non reproduits ici pour des raisons de droits) :

Corto Master Classes Schumann Fantasy 1st Mov

ou

Alfred Cortot Piano Masterclass / Bach Partita N0.1 in B flat Major BWV 825

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